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Dancing in the Dark
Quand je fouille dans mes souvenirs, je me dis que, en un certain sens, j’ai vécu plusieurs vies en 1 seule. J’ai fréquenté des lieux étranges, vécu des histoires peu banales.
Parmi ces lieux étranges, il y avait les discothèques. J’en aurais des histoires à vous raconter sur mes sorties en boite. Des bonnes, des drôles, et des moins bonnes.
Pour cette histoire, je vous emmène au début des années 2000. Fière de ma nouvelle liberté de jeune adulte, je sors les week-ends avec mes amis. Bars, boites, concerts… tout ce qui nous fait nous sentir jeunes.

Régulièrement, nous allons dans cette petite discothèque, cachée dans un recoin d’une petite rue du Havre. De l’extérieur, on ne se doute pas de ce que ce lieu cache. 
On sonne à la porte. Un vigile, blond, la quarantaine, bel homme mais du genre « à le savoir » nous ouvre. C’est Jérémy, conducteur de bus le jour et vigile la nuit. Depuis le temps que nous venons, il nous reconnaît facilement. Il me fait même la bise quand je passe le seuil de la porte. Ce geste typique des agents de sécurité de discothèque face aux habitués. Ainsi, lesdits habitués se sentent comme intronisés dans un clan, dans une confrérie. Avec du recul, je trouve ce sentiment d’appartenance à un groupe tellement stupide… mais, nous dirons qu’il s’agit d’une manière comme une autre de passer au monde adulte.

Une fois entrés, sur la gauche, il y a le vestiaire où patiente Sarah, petite blonde peu souriante mais charmante. J’ai d’ailleurs toujours soupçonné Sarah et Jérémy d’être ensemble. Mais, il faut garder le secret car de nombreuses femmes viennent pour les beaux yeux bleus de Jérémy, et des hommes viennent pour les formes généreuses de Sarah. Alors, ça fait de la clientèle, et il est toujours bon pour un lieu de ce genre de refuser des entrées parce qu’il y a trop de monde. C’est plus vendeur.
A notre droite, c’est le bar avec le karaoké le vendredi et samedi en début de soirée. Mais à cette heure-ci, le bar est fermé. A partir de minuit, c’est la discothèque qui prend le relais. Pour y accéder, il faut descendre les escaliers qui se trouvent face à la porte d’entrée. Une vingtaines de marches éclairées par des LED rouges. 
Nous descendons l’escalier en nous tenant à la main courante collante fixée le long du mur. Arrivés en bas, nous voyons, Sergio s’agiter, comme à son habitude, tel un danseur de cabaret épileptique, derrière son bar. Un marcel blanc pour mettre en avant ses bras et son torse musclés. Il faut savoir que Sergio passe ses journées dans des salles de sports pour parfaire son physique de quadra refusant de voir les années passer.
A l’autre bout du bar, dans l’angle, Arnaud, le DJ. D’ailleurs, j’ai du mal à le distinguer tellement il a de fans, pour ne pas dire femmes autour de lui. Encore aujourd’hui, je me demande d’où vient cette fascination pour les DJ de discothèques. Il m’est arrivé, parfois d’y céder temporairement, mais je ne comprends pas cette attitude irrationnelle. Et complètement à l’autre bout, Rosa, la patronne, assise sur sa chaise haute à surveiller que tout se passe bien, que chacun consomme, telle une tenancière à l’ancienne.
Je commence par saluer Rosa, puis Arnaud et enfin Sergio, à qui je commande mon soda. Ce soir, je suis SAM, pas d’alcool.
Mes acolytes passent commande et nous cherchons un endroit où nous installer. A cette heure-ci, il y a encore peu de monde, nous trouvons facilement une banquette et une table.

Le public arrive tranquillement, petit à petit. Et j’observe les gens. J’aime ça, observer les gens. Et surtout en boite. On y croise des hommes, des femmes, des grands, des petits, des gros, des minces, des homos, des hétéros, des transgenres, des riches et des pauvres, des qui savent ce qu’ils font ici et des qui ne se rappelleront pas qu’ils sont passés par là… Il y a celles qui sont là pour chasser l’ennui de la nuit et ceux qui viennent en prédateurs. Ceux qui viennent fêter une victoire ou la fin de la semaine entre amis, et celles qui viennent enterrer une vie de jeune fille…
Quand la musique nous plaît, nous allons danser, parfois, j’y vais seule, parfois je reste seule.

Vers 1h15, j’ai besoin de m’aérer un peu car il fait très chaud au sous-sol. Je monte les escaliers et je croise Jojo, le second barman. Je le salue mais il ne me répond pas. Il a l’air ailleurs. Lui qui est normalement très jovial, très engageant, ce soir, paraît bien triste. Son teint est pâle, comme s’il était malade. Ses yeux sont sombres. 
Je le salue de nouveau, mais toujours rien. Agacée, je continue mon ascension des escaliers et je demande à Jérémy si je peux rester 5 minutes avec lui en haut car il fait bien trop chaud en bas. Il accepte, mais je vois bien que ça ne plaît pas à Sarah. Elle me jette un regard noir, ce qui me conforte dans mon idée qu’ils sont en couple.
J’observe Jérémy recaler des personnes pour des motifs qu’il se garde bien d’exprimer. Son support préféré est ce panneau à l’entrée « La Direction se réserve le droit de refuser l’entrée ». Parfois, les gens acceptent ce choix arbitraire et repartent sans discuter. D’autres fois, le refus n’est pas accepté et les gens s’agitent un peu, mais ça ne dure jamais longtemps.
Après quelques minutes, je redescends, pour rejoindre mes amis. Je leur demande s’ils ont vu Jojo mais ils me disent que non.
Je le cherche partout du regard. Il y a du monde mais pas tant que ça. Et il n’y a pas de recoin où il pourrait être caché. Je vais voir Rosa pour lui demander si elle a vu Jojo, elle me dit que non, sur un ton très sec, et m’indique qu’il est en retard. Il est 1h30 du matin, en effet, il y a plus d’une heure qu’il devrait être là.
Je lui explique qu’il doit être ici, je l’ai croisé dans l’escalier il y a plus de 10 minutes. Il ne m’a pas répondu quand je l’ai salué. Il avait l’air malade ou très inquiet. Enfin, pas comme d’habitude.

Je retourne auprès de mes amis, après tout, ça ne me regarde pas, et je compte profiter de la soirée. Quelques sons de Saxo de Laurent Wolf plus tard, la soirée se termine dans une bonne ambiance. Je regroupe mes collègues et nous regagnons ma voiture pour que je raccompagne tout le monde avant d’aller dormir.

Le lendemain soir, nous arrivons devant la boite et un panneau indique qu’exceptionnellement ce soir, la boite sera fermée. Fermée ? Un samedi soir ?
Au moment où je viens pour tourner les talons, j’entends Rosa m’appeler. Ses yeux sont remplis de larmes.
Elle m’indique avoir eu des nouvelles de Jojo. Il a mis fin à ses jours vers 1h15. Comment ai-je pu le voir au même moment ?...
Tag(s) : #Frisson, #Histoire courte, #Le Havre, #Normandie
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