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Qui est là?

Avez-vous déjà eu cette sensation désagréable d’être observé ? Cette sensation qui obsède et bien que vous scrutiez partout autour de vous, vous ne voyez personne vous regarder.
Pire encore, vous êtes seul chez vous et vous vous sentez toisé !
Cette histoire date de mon adolescence. 
J’ai 12 ans lorsque mes parents décident de déménager. Nouvelle maison, nouveau quartier, nouvelle école… bref, je fais une croix ferme et définitive sur mon ancienne vie, mes amis… Il faut dire qu’à cette époque, internet n’en était qu’à ces débuts et pas encore accessible à tous, alors ne parlons même pas des réseaux sociaux qui n’étaient sans doute pas encore imaginés !
C’est donc le cœur lourd que je découvre notre nouvelle maison. Dès le début je m’y sens mal à l’aise. Après tout, ce n’est pas chez moi, je ne connais pas cet endroit… je n’aime pas ce lieu.
Au rez-de-chaussée, il y a le séjour et la cuisine. Un escalier en carrelage beige/marron avec quelques petits carreaux de couleurs rouge et verte nous emmène au 1er étage où un long couloir dessert la salle de bain, les WC et 4 chambres. Ma chambre, située entre les WC et la salle de bain, ce qui, lorsque l’on est une famille de 4 personnes, est gênant, auditivement parlant. J’ai passé mon adolescence à être réveillée par les bruits de chasses d’eau nocturnes, et les douches à 5h30 du matin de ma mère. 
C’est en bas où je me sens le moins bien. Chaque jour est une épreuve. Je me réfugie dans ma chambre dès que possible. « Crise d’ado » pensent mes parents. Peut-être.
Jamais je ne suis à l’aise lorsque je suis seule dans le séjour. Je sens un regard pesant sur moi. Mais je ne dis rien. Les gens ne comprendraient pas. Je me sens « obligée » de chanter ou de parler seule pour m’occuper l’esprit tellement cette présence est lourde.
Et puis, des choses changent de place, disparaissent. Oh, on soupçonne ma sœur ou moi d’être à l’origine de ces mouvements. « Les enfants j’vous jure ! » Ca, c’était au début. 
Ensuite, les appareils tombent en panne. D’abord la TV, qu’il faut remplacer. Bon, elle n’était pas tout jeune non plus. Puis le four, la plaque de cuisson et enfin le réfrigérateur rendent l’âme l’un après l’autre en l’espace de 18 mois. Mais toujours on se dit que l’obsolescence programmée est à l’origine de ces fins de vies matérielles.
Et cette sensation devenue obsessionnelle pour moi d’être observée. Un mal-être profond qui s’installe.
Puis viennent les bruits. Des bruits de pas, des bruits sourds, lourds. Le plus souvent la nuit. Quelqu’un est dans la maison. Un cambrioleur ? Il y a une vague de cambriolage en ce moment dans le quartier. Mon père se saisit d’une lampe torche et descend au rez-de-chaussée. Je suis derrière lui, je ne veux pas le laisser seul. Arrivés en bas, nous sommes attentifs aux bruits. Nous les suivons, à pas de loup. Ils nous amènent vers le séjour, cette pièce que je déteste. Là, mon père, habituellement silencieux, marmonne un « comme par hasard » qui me laisse de glace. Lui, toujours stoïque, jamais une remarque laissant transparaitre un soupçon d’incompréhension, me fait passer le message par lequel lui aussi n’est pas à l’aise ici !
Il ouvre la porte du séjour et là, rien… personne… mais des bruits de pas, des verres qui s’entrechoquent, comme si quelqu’un trinquait sous nos yeux. Et pourtant, nous ne voyons personne. Puis le silence. Un silence lourd et pesant, ce genre de silence qui précède une tempête. Et il ne faut attendre longtemps pour entendre un grognement terrifiant, juste derrière moi. Mon sang se glace, ma nuque se met à me brûler. La panique me gagne. Je crie et les lumières du séjour s’allument, la TV se met en route, la scène dure seulement quelques secondes qui me semblent une éternité. Mon père me pousse hors de la pièce et ferme la porte derrière lui. A ce moment, le silence se fait., nous voyons sous la porte que les lumière s’éteignent.
Nous allons dans la cuisine, et mon père regarde ma nuque. 3 griffures rouges sont apparues. Et elles me brulent.
Suite à cela, le petit déjeuner est animé. Mon père impose à ma mère de trouver quelqu’un pour nous aider. 
C’est ainsi que, ma mère et moi, nous sommes retrouvés chez un exorciste. L’homme, la quarantaine, barbu, nous demande pourquoi nous sommes là. Mais ma mère, égale à elle-même, ne sait par où commencer, et se perd en blabla. Je prends la parole sèchement car, pour une fois, je sens que l’on va m’écouter. Je lui explique tout, par le menu, de mes ressentis, de ce que j’ai entendu, ressenti… Là, je vois mon interlocuteur changer de tête devant mon récit. Il regarde ma mère, gravement, et lui demande pourquoi elle n’a pas fait plus tôt la démarche de venir le voir. Il fixe un rendez-vous chez nous 2 jours plus tard.
Je me souviens de ce mercredi comme si c’était hier… Il n’était pas encore entré dans la maison que l’homme à barbe (mon esprit a occulté son nom) devient fébrile. Il perd son sourire. Je l’entends encore dire « ouhla ! il n’est pas content de me voir. Il est très énervé » et se tournant vers moi me dit « il t’en veut ! va faire un tour, ne reviens pas avant la nuit tombée » 
J’ai 16 ans, depuis 4 ans, je vis un calvaire dans cette maison où je ne me sens pas chez moi. Et aujourd’hui, l’homme à barbe me dit que mes peurs, me cauchemars, sont fondés. Je ne suis pas folle. Sur ses conseils, je pars me réfugier chez mes ma grand-père qui habite non loin de chez. Oh, je ne lui raconte rien. Elle a l’habitude de me voir débarquer chez elle pour trouver un refuge serein. 
En rentrant le soir, je vois mes parents épuisés. Ils ne me diront jamais ce qui s’est passé, mais à compter de ce jour, plus de bruit ni de chose étranges.

Tag(s) : #Histoire courte, #Frisson
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